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FRIDA KAHLO: LA MUSE DE LA SOUFFRANCE ET DE LA PASSION

Frida Kahlo

« Ils pensaient que j’étais une surréaliste, mais je ne l’étais pas. Je n’ai jamais peint de rêves, j’ai peint ma réalité. »  Frida Kahlo

Frida Kahlo - chai on the moonCertaines œuvres, pour une raison mystérieuse, parviennent à nous faire vivre une expérience presque mystique. Leur fascinant pouvoir d’attraction opère au premier regard. Nous nous sentons comme littéralement happés par l’objet de notre attention qui semble prendre un malin plaisir à disséquer notre esprit et nos tripes. Qu’elle nous vide, nous remplisse, nous émeuve, nous révolte, nous questionne ou nous donne des réponses, l’œuvre d’art n’a pourtant d’autre finalité qu’elle-même. Impassible, elle nous laisse là, plantés devant elle, en nous marquant parfois à jamais par la force de sa cruelle beauté. Je n’oublierai jamais ma première claque d’amour artistique que j’ai reçue. Elle est née de ma rencontre avec Frida Kahlo il y a une dizaine d’années. A cette époque, je ne connaissais pas grand-chose de l’artiste, encore moins de la femme, et je n’avais aucune idée de l’impact que son œuvre allait avoir sur ma vie. C’est donc tout naturellement que j’ai décidé d’ouvrir ma rubrique « Muse » avec un article sur la première grande artiste qui a fait irruption dans ma vie : FRIDA.

Les Deux Frida - 1939

Les Deux Frida – 1939

Violentes,  surréalistes, énigmatiques, fantastiques, métaphoriques, les œuvres de Frida Kahlo ne manquent pas de qualificatifs pour les décrire. Pourtant, il semblerait bien réducteur de vouloir cantonner ses peintures à un genre précis.  Pour certains critiques, l’œuvre magistrale de l’artiste serait plus proche d’une forme littéraire que l’on pourrait appréhender comme un véritable récit biographique retraçant la terrible destinée d’une femme marquée par la souffrance et la passion. A travers deux cents tableaux et autoportraits, l’artiste nous invite à voyager au cœur du Nouveau Mexique et de l’art populaire inspiré par ses origines indiennes, aux Etats-Unis en pleine période de révolution industrielle, ainsi que dans une zone beaucoup plus intimiste, plus sombre et peut-être en cela plus universelle, celle de son corps meurtri, de ses amours destructeurs, de ses convictions politiques, de son attachement à ses racines. Par la puissance de ses œuvres et par le combat singulier qu’a mené cette femme au cours de sa vie, Frida Kahlo marquera à jamais la peinture mexicaine.

Frida Kahlo, avec des membres de sa famille, est située au centre de la photo, habillée en complet d'homme - 7 février 1926

Frida Kahlo, avec des membres de sa famille, en complet d’homme

le 7 février 1926

Magdalena Carmen Frieda Kahlo, troisième des quatre filles de Mathilde et Guillermo Kahlo, est née le 6 juillet 1907 à Coyoacán au Mexique. Elle aura pourtant toujours prétendu être née en 1910 (date du début de la révolution mexicaine) pour montrer son attachement  au Nouveau Mexique qui marquait la fin de la période coloniale et de la dictature du général Porfirio Diaz. A six ans, Frida vit son premier drame. Elle est atteinte de la poliomyélite qui déformera sa jambe, et qui lui vaudra le surnom désobligeant de « Frida-la-boiteuse » dans son enfance. En 1922, Frida est encore loin de son futur destin d’artiste-peintre et intègre la prestigieuse école supérieure « Escuela National Preparatoria » dans le but de devenir médecin. Elle fait ainsi partie des 35 premières jeunes filles admises sur les 2000 élèves du meilleur établissement éducatif du Mexique de l’époque. C’est ici que Frida va s’initier à la politique en rejoignant les « Cachucas », un groupe d’étudiants intellectuels et partisans des idées socio-nationalistes du ministre des affaires culturelles José Vasconcelos.

Le 17 septembre 1925, alors qu’elle s’apprête à rentrer chez elle avec son ami d’enfance, Frida est victime d’un accident de la route qui bouleversera radicalement le cours de sa vie. Elle fut gravement blessée à la colonne vertébrale et au bas-ventre, et fut contrainte de rester clouée au lit pendant d’interminables mois. C’est seulement à cet instant que Frida commença à peindre pour échapper à l’ennui et à la douleur.

                       « Je croyais avoir suffisamment d’énergie pour faire quelque chose                                  d’autre qu’étudier pour devenir médecin. Sans attirer beaucoup                     d’attention là-dessus, je commençai à peindre »

Frida Kahlo- muse chain on the moonSon père, qui peignait et dessinait de temps en temps des paysages de Coyoacan, lui prêta ses pinceaux, sa peinture et sa palette. Sa mère lui fit faire un chevalet par un menuisier qu’ils fixèrent à son lit avec un miroir suspendu dans toute longueur afin que Frida puisse se voir et se servir de modèle. Ce fut le début de la série de ses nombreux autoportraits qui prédomineront dans l’œuvre de l’artiste. Elle dira plus tard : « je me peins parce que je passe beaucoup de temps seule et parce que je suis le motif que je connais le mieux ».     

Autoportrait au collier d'épines

Autoportrait au collier d’épines

En choisissant de se peindre en buste devant des paysages arides ou des pièces froides et vides, l’artiste souhaitait représenter la pesanteur de sa solitude. Presque comme une auto-analyse, une auto-thérapie, ses autoportraits lui permettent de trouver son identité.   C’est la raison pour laquelle, tous ses autoportraits sont similaires et ne possèdent que de minimes différences. Regard figé, sourcils forts, posture droite, Frida se peint avec une expression identique dénuée de sentiments. Pour décrypter ses émotions, il faut s’arrêter sur les symboles dont regorgent ses œuvres. En effet, l’univers de l’artiste est avant tout métaphorique et fantastique. Loin d’être hermétique, la peinture de Frida Kahlo se déchiffre car elle s’inspire de l’art populaire mexicain et de la culture précolombienne, comme les tableaux votifs, les représentations de martyrs et de saints chrétiens très présents dans la croyance populaire.

Elle se représente la plupart du temps vêtue en paysanne ou en costume régional indien qui lui permettent d’exprimer son identification à la population indienne et de revendiquer son attachement national. De la même manière, l’artiste choisit de représenter la faune et la flore mexicaines avec des plantes de la forêt vierge, des singes, des roches volcaniques, des perroquets etc. Folkloriques et surréelles, les œuvres de l’artiste ne peuvent toutefois pas être qualifiées de « surréalistes » car elles ne se détachent pas complètement de la réalité. Dans la culture mexicaine, le réel et l’imagination se mêlent comme faisant tous deux parties d’une même réalité.

En 1928, Frida est introduite dans un cercle de jeunes intellectuels regroupés autour du communiste cubain Julio Antonio. Elle devient membre du Parti Communiste Mexicain et soutient la lutte des classes armée du peuple. C’est à ce moment qu’elle fait la rencontre de l’homme qui jouera un rôle crucial dans sa vie, Diego Rivera. Impressionnée par le peintre et par ses œuvres, Frida hésita longuement avant de lui présenter ses peintures.

Le muraliste fut saisi par le talent de la jeune femme et l’encouragea à continuer la peinture : « Les toiles révélaient une extraordinaire force d’expression, une description précise des caractères et un réel sérieux […] elles possédaient une sincérité plastique fondamentale et une personnalité artistique propre. Elles véhiculaient une sensualité vitale encore enrichie par une faculté d’observation impitoyable, quoique sensible. Pour moi, il était manifeste que cette jeune fille était une véritable artiste. ».

Le lit volant - 1932

Le lit volant – 1932

Séduit par l’artiste et par la femme, Diego Rivera, de 21 ans son aîné, épousera Frida en 1929. L’année suivante, suite à des  commandes de peintures murales que reçut Diego, le couple part s’installer pour quatre  ans aux Etats-Unis. C’est lors de ce séjour que Frida Kahlo vécut un nouvel événement traumatisant : une fausse couche qu’elle représentera en peinture. Après trois années passées aux Etats-Unis, la jeune femme souhaite retourner au Mexique. 

 

Frida Kahlo, AutoPortrait le Long de la Frontière entre le Mexique et les Etats-Unis 1932

Frida Kahlo, AutoPortrait le Long de la Frontière entre le Mexique et les Etats-Unis 1932

Partagée entre son admiration envers le progrès industriel américain et son amour pour son pays d’origine, la nationaliste mexicaine ne se sent plus à l’aise dans ce monde artificiel gouverné par le capitalisme. De retour au Mexique, le couple se sépare quelques mois plus tard suite à la relation extra-conjugale entre Diego Rivera et la sœur de Frida, Cristina. Profondément blessée par les nombreuses infidélités de son mari et par son ultime trahison, Frida sombre dans une dépression.

Frida Kahlo- chai on the moon (2)A partir de 1936, l’artiste s’engage de nouveau dans la politique et reçoit le couple Trotzkiste chez elle. Deux ans après, grâce à André Breton, Frida Kahlo voit sa première grande exposition à l’étranger, aux Etats-Unis dans la galerie de Julien Levy. Les années qui suivirent furent intenses pour Frida qui travailla énormément et dont la renommée dépassa les frontières. Elle décida de se remarier avec Diego Rivera et mourut à 47 ans dans la maison familiale au Mexique à la suite d’une grave pneumonie. Elle souffrait terriblement les dernières années de sa vie et écrivit ses derniers mots sur son journal : « avec joie, j’attends le départ… et j’espère bien ne jamais revenir… Frida ».

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